Homélie du dimanche 9 septembre
Il y a toujours un peu de haine au fond de nos vies
Lc 14, 25-33
Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : "Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. Qui de vous en effet, s'il veut bâtir une tour, ne commence par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? De peur que, s'il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n'a pu achever ! Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s'asseoir pour examiner s'il est capable, avec 10.000 hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec 20.000 ? Sinon, alors que l'autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.
"C'est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s'affadir, avec quoi l'assaisonnera-t-on ? Il n'est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !"
Commentaire :
Pour notre rassemblement de la fête de
Jésus est entouré de foules nombreuses et il se met à dire des choses très dures à entendre : « Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. » Je crois qu’il faut entendre ceci, dans cette phrase de St Luc : « Suivre Jésus, c’est reconnaître d’abord les petites haines ou les gros conflits que nous cachons habilement tout au fond de nos cœurs dans nos liens avec nos plus proches et avec nous-même ». En effet, Jésus veut simplement que les choses soient très claires entre lui et les personnes qui le suivent. Le fait de le suivre n’indique pas que les gens aient en priorité l’intention de modifier le fond de leur vie. Or, c’est justement les conditions que Jésus met en avant pour devenir son disciple. Il s’agit pour suivre Jésus, de regarder en profondeur l’état de nos cœurs, l’état de nos relations avec les autres et notamment des plus proches : père, mère, femme, enfants, frères et sœurs et même notre propre vie, ajoute Jésus. Il ne peut alors y avoir plus proches de chacun de nous. Or, Jésus sait que ces liens sont les plus fragiles. Pour suivre Jésus, il s’agit de prendre en compte nos difficultés les plus vives parfois à assainir ces liens avec ces plus proches ou avec nous-mêmes. Pouvons-nous décider de suivre Jésus justement à cause des mauvaises relations que nous avons avec nos parents, notre conjoint, nos enfants, nos frères ou sœurs, fuir en somme ? Suivre Jésus n’est pas un refuge affectif. Le Laus lui-même est le « Refuge des pécheurs ». Pour recevoir les fruits de ce lieu, ne faut-il pas d’abord y entrer en se sachant pécheur, en faisant la vérité en nous ?
Suivre Jésus conduit donc à faire le point en nous-même sur l’état des blessures avec nos proches, celles qu’ils nous ont infligées. Jésus nous amène à entrer au cœur de nos conflits, à travailler en nous notre capacité de pardon et ce qui nous reste d’humilité. Voilà comment je perçois l’intervention de Jésus devant ces foules qui le suivaient peut-être un peu naïvement. Il s’agit de prendre sa croix et de se mettre derrière lui, dit le récit. La croix évoque ces liens compliqués que nous avons avec nos proches. C’est avec cette charge de souffrance que nous pouvons le suivre en toute confiance car Jésus saura nous conduire vers le lieu de la résurrection, de la paix en nous-mêmes et donc de l’apaisement de ces liens. Mais il faut passer par le chemin qu’il désigne, même s’il cela nous fait un peu mal. Aussi, jésus poursuit en présentant deux paraboles. Ces petites paraboles voudraient nous rappeler que notre vie porte un objectif de victoire. La tour évoque la construction de notre corps. Il faut construire notre corps en prévoyant tous les matériaux et les dépenses nécessaires. Cela passe alors par le coût des pardons et des réconciliations à envisager pour l’accomplissement de notre vie intérieure. Mais aussi, la parabole suivante évoque le combat pour le quel il faut nous préparer. Car les autres sont des durs à cuire, tout comme nous d’ailleurs. Et ils ne se laissent pas avoir par une simple demande de pardon ou les premiers gestes de réconciliation. C’est un travail de très longue haleine. Alors, il nous faut équiper le cœur et l’esprit de patience, de foi et de persévérance. Et, nous pouvons y perdre beaucoup de biens dans ce travail de paix, explique Jésus lorsqu’il dit : « De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple. »
J’ai ajouté les deux versets suivants parce qu’ils me semblent conclure ce que Jésus disait à ces foules : "C'est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s'affadir, avec quoi l'assaisonnera-t-on ? Il n'est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. " Il me semble que le sel représente la vérité en nos vies profonde. C’est la vérité sur nos haines et nos ruptures familiales dont nous ne voulons plus parler depuis longtemps qui fera notre saveur, notre liberté intérieure. Si nous perdons cette honnêteté avec nous-même, notre vie devient fade. Nous ne pouvons plus exprimer la joie dont les autres ont besoin. Tout cela est important. Jésus avait besoin de le dire aux foules pour être lui-même en vérité avec chacun de ceux qui désiraient devenir son disciple. C’est pourquoi sa parole ne nous ménage pas nous-même aujourd’hui encore. Car, Jésus nous veut comme disciple, mais rempli de pardon et de miséricorde envers les autres, nos plus proches et avec soi-même. Bien sûr, cela dépend de l’état de nos oreilles : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !" - conclut Jésus.
p. Bertrand Gournay