Une parabole bien au dessus des conventions...

Publié le par gs

  Homlie du dimanche 2 septembre

Luc 14, 1a.7-14

 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l'un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu'eux étaient à l'observer. Il disait ensuite une parabole à l'adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : "Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de noces, ne va pas t'étendre sur le premier divan, de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par ton hôte, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : Cède-lui la place. Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : Mon ami, monte plus haut. Alors il y aura pour toi de l'honneur devant tous les autres convives. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé." Puis il disait à celui qui l'avait invité : "Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu'eux aussi ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille. Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu alors de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes."

Nous le savons parce que nous le vivons tous : les relations entre nous sont extrêmement difficiles ; elles nous semblent parfois même impossibles. Nous avons des tempéraments guerriers et le souci maladif de conquérir les territoires. Ce fait qui vient du fond des ages, depuis des temps pas si lointains où chacun devait se battre contre d’autres hommes voire contre des animaux pour survivre, nous poursuit aujourd’hui. Nous regardons alors ceux qui nous entourent, non comme des partenaires mais plus souvent comme des rivaux, cherchant à nous placer devant eux. Tout ceci est instinctif, normal pourrait-on dire, si nous demeurons sur des perspectives seulement humaines. Tous nos rapports sociaux et les conventions entre nous sont appuyés sur les principes de rivalité et de compétition, depuis le système scolaire où l’esprit de compétition est devenue une vertu, jusqu’au systèmes économiques mondialisés qui régissent aujourd’hui la vie de toute la planète. Mais
l’Evangile voudrait nous aider à saisir la présence d’un autre monde au sein de celui que nous vivons ; le monde joyeux de notre avenir puisqu’il s’agit d’une noce. Par une parabole, Jésus cherche à nous informer et à nous éclairer.

Retrouvons ce récit. Jésus est épié par les gens qui l’ont invité, les pharisiens. Il est épié, c'est-à-dire que son comportement est surveillé pour vérifier sans doute, puisqu’il s’agit d’un repas, si son comportement est en adéquation avec son discours. Généralement, c’est sur ce point que l’on surveille les gens dont le discours nous séduit. Aussi, Jésus se met à raconter cette parabole bien connue de beaucoup d’entre nous. Lorsqu’une parabole est racontée, c’est que Jésus veut faire toucher des choses intouchables. Il procède par des comparaisons. A ces notables, il cherche à leur faire toucher du doigt que les liens entre les hommes sont plus complexes que ce qu’ils ont l’habitude de vivre entre eux.

Il s’agit donc de la place que l’on peut revendiquer dans un repas solennel. Plutôt, il s’agit de percevoir l’idée que chacun se fait de soi et de son rang dans la société. Je me souviens à ce propos d’une anecdote lors d’un meeting politique dans le département. Un ministre s’était déplacé et l’un des maires de la région était arrivé en avance et j’étais surpris de le voir poser sa veste sur une chaise de la tribune, à côté de la chaise placée au centre de la table. Et je me suis amusé à observer ce qui s’est passé ensuite. A son arrivée, le ministre s’est mis, curieusement, non pas au centre mais tout en bout de table et il s’est assis tout de suite. Et mon maire est allé rapidement chercher sa veste, mais le temps de son déplacement lui a fait perdre la place auprès du ministre qu’il aurait souhaité prendre, visiblement. Du meeting, je ne me souviens bien sûr que de cela ! Vous constatez que je suis comme les pharisiens qui épiaient Jésus.

Et bien, Jésus va faire entendre que dans l’univers dans lequel il souhaite emmener les hommes derrière lui, « les premiers seront derniers, ce qui est élevé sera abaissé, ce qui sera abaissé sera élevé. » Tout est dit dans cette phrase : les honneurs revendiqués n’ont pas de prise dans le monde de Jésus. Il semble bien que ce n’est pas sur l’idée que chacun se fait de lui que chacun de nous sera jugé digne d’entrer dans le royaume de Dieu. Il ne s’agit pas d’être excessif dans l’autre sens, car certains d’entre nous peuvent vouloir dire qu’ils ne sont rien parce qu’ils pensent que cela fait mieux auprès de Dieu et des autres de se penser ainsi. Il s’agit sûrement d’autre chose qui n’est pas à notre portée d’homme ou de femme. Pour suivre Jésus, pour aller vers le lieu où se déroulent les noces entre Dieu et les hommes, il me semble qu’il faut accepter que quelque chose nous échappe sur la manière dont nous serons jugés. Dans le protocole du savoir vivre d’un repas important, il est convenable d’attendre d’être placé par le maître de la maison et non pas soi-même. Auprès du Seigneur, le repas n’est pas un repas quelconque mais une noce. Il y a de la joie en perspective dans les liens entre les invités et celui qui invite. Il est donc inutile de construire un scénario d’avance sur la place que l’on peut avoir auprès de Dieu dans le ciel. Il s’agit d’être vrai avec Dieu et se dire que Dieu seul « connaît les reins et les cœurs » dit le psaume ; il sait parfaitement ce dont nous avons besoin pour vivre dans la joie auprès de lui. Il sait surtout ce qui nous manque pour être accomplis comme fils de Dieu. Le souci qu’ont les hommes de se placer aux premières places montre bien toutes les blessures qu’ils portent sans qu’ils sachent toujours les reconnaître. En nous, sachons que c’est par là que Dieu commence son travail d’amour auprès de nous pour notre guérison. Peut-être pourrions-nous aider l’action du Seigneur en allégeant un peu chaque jour nos attitudes trop humaines, pas assez évangéliques ?

                                                                                                          P. Bertrand Gournay
                                                                                                         

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