Prier en temps de Carême
Mercredi des Cendres, C'est une force la prière, et comme toute force il est nécessaire de lui donner l'énergie dont elle a besoin pour s'exprimer. Cette énergie, c'est l'amour du prochain. En effet la prière ne doit pas isoler du reste du peuple celui qui prie. Moïse ne prie pas pour son propre salut quand il est confronté au danger des ennemis. Moïse lève les mains pour son peuple, comme il l'a fait pour qu'il puisse manger puis pour qu'il puisse boire à volonté. La prière est aussi l'intercession. Bonhoeffer, un théologien protestant mort en 1945 sous la violence d'Hitler écrivait ceci : La prière, celle que nous pourrions redécouvrir dans ce temps de carême, est donc d'abord une force qui nous maintient au contact de celui qui peut tout en chacun de nous et surtout nous communiquer sa propre vie. Et elle est aussi un service immense que nous pouvons rendre à nos frères pour être Eglise avec eux. Plus les mots d'une prière sont précis sur les difficultés, les souffrances que nous confions au Seigneur, plus notre prière est féconde. Parce que celui qui entend ces prières c'est le Christ, celui qui a pris chair, qui est mort sur p. Bertrand Gournay
6 février 2008
Vous souvenez-vous de cet épisode de la vie de Moïse ? Moïse avait traversé la mer rouge, en Egypte. Il se retrouve au désert avec tous les anciens esclaves qui se réfèrent au patriarche Abraham. Le peuple a faim, Moïse prie, Dieu lui apporte de la nourriture. Le peuple a soif, par l?intermédiaire de Moïse, Dieu lui donne de l?eau à boire. Et tout d?un coup survient une tribu étrangère, les Amalécites, qui se met à attaquer le petit peuple de Moïse en marche vers le pays d?Abraham. Là, Moïse se met à prier Dieu en levant les mains. Mais dès qu?il abaisse les mains en raison de la fatigue, les ennemis deviennent victorieux. Quand il relève les mains, c?est Israël qui gagne. Aussi son frère et un compagnon lui tiennent les mains vers le haut pour obtenir la victoire.
Il me semble que nous avons là, dans ce récit, le secret de la prière et son utilité pour l'homme. Un sermon du 5ème siècle le dit très bien : « Tant que Moïse prie, c'est la victoire, quand il s'arrête, ce sont les revers. » Pour nous aussi. La prière ne nous permet certes pas d'obtenir ce que nous voulons. Mais la prière nous maintient dans une espérance qui nous protège de la chute. Saint Bernard exprime dans un grand sermon sur Marie, le rôle de la prière :
« En la suivant, on ne dévie pas.
En la priant, on ne désespère pas.
En pensant à elle, on ne se trompe pas.
Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas.
Si elle te protège, tu ne craindras pas.
Si elle est avec toi, tu es sûr d'arriver au but.
(...)
Ô toi qui te vois ballotté au milieu des tempêtes,
ne détourne pas les yeux de l'éclat de cet astre
si tu ne veux pas sombrer.
Si les vents de la tentation s'élèvent,
si tu rencontres les récifs des tribulations,
regarde l'étoile, invoque Marie.
Si tu es submergé par l'orgueil, l'ambition,
le dénigrement et la jalousie,
regarde l'étoile, crie Marie.
Si la colère, l'avarice ou les fantasmes de la chair
secouent le navire de ton esprit,
regarde Marie.
Si, accablé par l'énormité de tes crimes,
confus de la laideur de ta conscience,
effrayé par l'horreur du jugement,
tu commences à t'enfoncer dans le gouffre de la tristesse,
dans l'abîme du désespoir, pense à Marie.
Que son nom ne quitte pas tes lèvres,
qu'il ne quitte pas ton coeur
et pour obtenir la faveur de ses prières,
n'oublie pas les exemples de sa vie. »
Saint Bernard (1090-1153), moine fondateur des cisterciens
« Une communauté chrétienne vit de l'intercession de ses membres, sinon elle meurt. » Et, devant les questionnements que lui apportaient les incroyables crimes des Nazis, il ajouta : « Quand je prie pour un frère, je ne peux plus, en dépit de toutes les misères qu'il peut me faire, le condamner ou le haïr. Si odieux et si insupportable que me soit son visage, il prend au cours de l'intercession l'aspect de frère pour lequel le Christ est mort, l'aspect du pécheur gracié. Quelle découverte apaisante pour le chrétien que l'intercession : il n'existe plus d'antipathie, de tension ou de désaccord personnel dont, pour autant qu'il dépend de nous, nous ne puissions triompher. L'intercession est bain de purification où, chaque jour, le fidèle et la communauté doivent se plonger. Elle peut signifier parfois une lutte très dure avec tel d'entre nos frères, mais une promesse de victoire repose sur elle.
Comment est-ce possible ? C'est que l'intercession n'est rien d'autre que l'acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, tout ce qui me le rend odieux disparaît, je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s'ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d'autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. Intercéder signifie mettre notre frère au bénéfice du même droit que nous avons reçu nous-mêmes ; le droit de nous présenter devant le Christ pour avoir part à sa miséricorde. » (De la Vie Communautaire)