Un tournant radical pour les hommes, la fin de l'humanité..
Matthieu 01, 18-24
Quatrième dimanche de l'Avent 2007
Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit: Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit, elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.
Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.
Une question est souvent posée par les enfants et donc aussi par les adultes : comment Jésus est-il vraiment né ? De manière plus critique, certains doutent du sérieux du récit des évangiles, en y voyant simplement un récit de légende. En fait, c'est le récit d'un croyant. Le disciple Matthieu a compris que la présence de Jésus-Christ fait prendre un tournant radical à l'aventure humaine. Jésus est né de Marie, mais il n'est pas né de Joseph. La généalogie qui s'étendait depuis Abraham jusqu'à Joseph s'arrête brusquement avec la naissance de Jésus. Pourtant, Jésus n'est pas engendré par lui-même. Il est engendré de Marie et d'un autre comme tout enfant. Mais pour la venue de Jésus, cet autre est l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu. Et, c'est à partir de la présence de ce "tout autre" que Jésus pourra être désigné comme fils de Dieu, et pas seulement fils des hommes comme tous ceux qui sont nés avant lui et qui naîtront après.
Joseph sera délicat avec Marie, la répudiant en secret pour qu’elle ne soit pas humiliée par son entourage. Mais c’est l’intervention de l’ange dans le sommeil de Joseph qui va dévoiler la profondeur de ce qui se vit dans le foyer de Marie et de Joseph. Car l’ange va dire à Joseph : « ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme. » C’est l’ange qui scelle le mariage entre Joseph et Marie. Or, l’ange est un message de Dieu. Le mariage entre Joseph et Marie est donc d’origine divine, pas humaine. C’est pourquoi la généalogie d’Abraham s’arrête là. Mais débute un autre engendrement, celui de nous tous comme fils de Dieu. L’ange révèle à Joseph, en plus de ce mariage, que ce fils délivrera les hommes du péché. En effet, si la dynastie humaine prend fin, s’arrête aussi la transmission du péché originel. Ce qui sépare l’homme de Dieu, son refus de se laisser porter par la source divine, ne le condamne plus définitivement. Le ciel s’ouvre pour laisser la vie divine entrer au cœur de la vie des hommes et permettre à l’homme d’accéder à l’éternité.
Le monde des hommes ne va pas devenir idéal pour autant. Le Royaume de Dieu ne correspond pas à l’idéal de la paix et de la justice sur la terre. Les hommes continueront leurs combats et beaucoup souffriront encore et encore de faim et de maladies. Non, ce n’est pas la fin des souffrances humaines qui est annoncée par l’ange. Avant la naissance de Jésus, il y avait une humanité qui avançait cahin-caha sur les chemins de l’histoire. Après cette naissance, ce n’est pas la fin des événements mais l’humanité est transformée en rassemblement d’hommes et de femmes recevant une nourriture. Cette nourriture, ce pain du Ciel, est destinée à remplir leur corps de vie divine pour qu’ils deviennent des fils de Dieu. Par cette naissance c’est donc l’ouverture du ciel nuageux au-dessus des vies de chacun d’entre nous. Notre avenir n’est plus seulement dépendant de notre passé ou du passé des générations avant nous, mais aussi de cette ouverture du ciel où Dieu peut enfin parler et être entendu, où l’homme peut être aussi assuré d’être reçu et entendu. C’est une nouvelle communion, un nouveau lien qui est annoncé. Et celui qui fera ce lien, qui le crée sans cesse, entre nous et Dieu, entre nous et l’éternité, c’est cet enfant à naître, l’Emmanuel : « Dieu avec nous. » Le monde ne peut pas l’entendre, ni le voir, mais il est là, l’enfant divin destiné à grandir dans le corps de tout homme pour le rendre lui-même totalement divin. Notre témoignage chrétien est déjà de le reconnaître venu en nous et en cours de croissance.
Nous allons fêter Noël. Certains d’entre vous vont se trouver isolés comme croyants au sein de membres de vos familles incroyants ou indifférents. Il va y avoir profusion de cadeaux et de nourriture et Jésus sera une fois encore oublié. Notre témoignage d’écoute et d’espérance est donc important dans ces périodes de rassemblements familiaux. Se rendre à la messe alors que les autres continuent les festivités peut se faire sans paroles de jugements mais avec l’authenticité d’un désir de fêter aussi la naissance du sauveur.
Enfin, il m’est difficile d'oublier dans cette période de fin d’année, les pauvretés que nous connaissons en d’autres pays et chez nous. Peut-être pouvons nous penser à dégager un peu d'amour pour de plus pauvres que nous. Cette ouverture de cœur à ceux qui ne nous rendront pas notre geste accompagne simplement l'immense geste d'amour du Christ qui est venu offrir sa vie entière pour chacun de nous. Gardons une fraîcheur dans notre foi afin de mieux vivre en paix et dans l'Espérance. C’est ainsi que nous montreront le mieux combien nous recevons le don d’éternité qui nous est offert.
p. Bertrand Gournay