Changez de vie, il est grand temps !
Dimanche 9 décembre 2007
Mt 03, 01-12
En ces jours-là arrive Jean le Baptiste, prêchant dans le désert de Judée et disant : "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche." C'est bien lui dont a parlé Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour de ses reins ; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage. Alors s'en allaient vers lui Jérusalem, et toute
Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit : "Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à
Quelle personnalité Jean-Baptiste ! Bien des personnages de l'histoire ont eu aussi la vigueur de Jean Baptiste. Ils se sont mis en route avec la même passion pour celui qu'ils étaient convaincus d'annoncer. Je retiens les témoignages de deux d'entre eux, peu connus de nous : Pierre Valdès et Gherardo Segarelli. L'un comme l'autre a lu les Evangiles et notamment la parabole du jeune homme riche. Tous les deux ont quitté les avantages du monde marchand des 12ème et 13ème siècles pour suivre le Christ. Pierre Valdès était lyonnais et vendit la moitié de tous ses biens, laissant l'autre moitié à sa femme et ses deux filles. Il est allé prêcher l'Evangile dans toute la campagne lyonnaise et a suscité un engouement auprès des jeunes. Son mouvement ressemblait à celui de François d'Assise. Ils vécurent sensiblement à la même époque, autour du 12ème siècle. Gherardo Segarelli est Italien. Il vend ses biens, distribue l'argent aux pauvres et, s'identifiant au Christ, entend revenir à une conception de l'Église primitive, avec ses apôtres errants. Le groupe atteint bientôt trois cents membres, auxquels s'ajoute une communauté de sœurs apostoliques, et essaime dans l'Europe entière. Très rapidement, ces deux fondateurs provoquent la jalousie du clergé de leur temps. Persécuté, Pierre Valdès se réfugie dans les Alpes. Son mouvement existe encore, très atténué, sous le nom des Vaudois, bien connu dans le haut du diocèse et dans les vallées transalpines. Segarelli meurt en 1300 sur le bûcher. Les paroles de Jean-Baptiste ne sont pas moins vives que celles de ces deux hommes épris de vérité et de justice. Et la violence de sa mort précède celle de tous les épris de Jésus-Christ et de sa propre mort sur Le récit nous présente Jean vêtu de poils de chameau et d’un pagne de peau autour de ses reins ; "sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage", ajoute St Matthieu. Nous avons là un indice précieux pour saisir le nouveau règne que Jean Baptiste annonce. Les pharisiens et les sadducéens sont des groupes politiques et idéologiques. Ils sont surtout très intolérants et donc hypocrites signalera Jésus de nombreuses fois : "Ils disent et ne font pas." Jean Baptiste annonce qu’il est possible de revenir au dialogue qui s’est vécu entre Dieu, Adam et Eve. Dans le jardin d’Eden, alors que l’homme et la femme étaient encore nus, Dieu évoquait la qualité des liens qui l’unissait aux hommes, l’amour qu’il déversait sans cesse dans leurs cœurs. Et il les instruisait sur la manière dont eux-mêmes pourraient conserver ce lien d’amour avec Lui. Mais c’était sans compter avec le serpent. Car le serpent du Livre de Jean-Baptiste propose que les hommes « aplanissent la chemin du Seigneur ». Celui-ci vient pour rencontrer l’homme. Il vient pour lui parler de manière douce et intime de la vie du Père et de sa tendresse pour tout homme. C’est cela le règne qui s’installe. Il ne s’agit pas d’un nouveau pouvoir humain, mais d’une relation qui existait depuis toujours, cachée pour les yeux qui ne voulait pas la voir, entre Dieu et les hommes. Aujourd’hui, annonce Jean-Baptiste, Dieu est sur le point de se faire voir par un homme pour montrer combien il aime chacune de ses créatures et particulièrement l’homme, comme le dit le psaume : "Qu’est-ce que l’homme que tu en prennes souci, le fils d’Adam que tu veuilles lui rendre visite ?" (Ps. 8, 5 ou Ps 144, 3). Jean-Baptiste ne peut que crier cette nouvelle. Elle lui est étonnante et il a conscience de l’incroyable vérité qui lui monte au cœur. Alors, lui-même dépouillé, il prend ceux qui viennent à lui. Il les plonge dans l’eau du Jourdain et leur demande impérativement de changer leur vie. Il leur faut libérer le cœur de tous les encombrements pour accueillir celui qu’ils vont recevoir. A notre tour de recevoir Celui qui vient à nous dans l’Eucharistie. Libérons nos cœurs de nos peurs, de nos jalousies, de nos idéologies et de nos excès de moralisme que nous ne nous appliquons même pas. Car le temps de la rencontre est venu pour nous. Nous aussi, le Seigneur vient nous rendre visite. Maranatha, viens Seigneur Jésus.
p. Bertrand Gournay