Fête du Christ Roi

Publié le par gs

Dimanche 25 novembre

 

Jn 18, 33-37
 
Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : "Tu es le roi des Juifs ?"
Jésus répondit : "Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ?"
Pilate répondit : "Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ?"
Jésus répondit : "Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici."
Pilate lui dit : "Donc tu es roi ?" Jésus répondit : "Tu le dis : je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

 En France, la monarchie s’est achevée ou bien sur l’échafaud pour Louis XVI ou bien en exil pour Charles X et Louis-Philippe. Mais les Français, chacun le sait, ont la nostalgiedes rois. Pourquoi cette contradiction ? Il me semble comprendre que la figure, la représentation que l’on se fait d’un roi, recouvre tous les idéaux des hommes. Ce sont les plus idéalistes parmi nous qui recherchons un roi ou un chef au-dessus de toute la nation.

Alexis de Tocqueville afait une description étonnante de la personnalité du dernier roi français qu’a été Louis Philippe. Il écrivait ceci dans ses «souvenirs» : «
Quoique le prince fût issu de la race la plus noble de l’Europe, qu’au fond de son âme il en cachât tout l’orgueil héréditaire [...] il possédait cependant la plupart des qualités et des défauts qui appartiennent plus particulièrement aux rangs subalternes de la société [...]. Il était rangé dans sa conduite, simple dans ses habitudes, mesuré dans ses goûts ; [...] humain sans être sensible, cupide et doux ; point de passions bruyantes ; point de faiblesses ruineuses ; point de vices éclatants ; une seule vertu de roi, le courage [...]. Éclairé, fin, souple et tenace, tourné seulement vers l’utile et rempli d’un mépris si profond pour la vérité et d’une si grande incrédulité dans la vertu que ses
lumières en étaient obscurcies [...]. Placé à la tête d’une aristocratie, il eût peut-être exercé une heureuse influence sur elle. Chef de la bourgeoisie, il poussa celle-ci sur la pente naturelle qu’elle n’avait que trop de penchant à suivre. Ils marièrent leursvices en famille et cette union, qui fit d’abord la force de l’un, acheva la démoralisation de l’autre et finit par les perdre tous les deux. 
» Si le comportement d’un roi devient commun à celui des autres hommes, il n’est déjà plus un roi. L’ancien Testament en parlait déjà ainsi.

Pour le prophète Samuel, seul Dieu peut demeurer un roi juste. Lorsque les hébreux ont demandé au prophète que Dieu leur donne un roi comme chef, Dieu s’est mis à parler à Samuel pour prévenir ainsi le peuple : « …Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais Yahvé ne vous répondra pas ce jour-là ! » (1 Sam 8)  L’Ecriture ancienne montre bien la prudence sur l’écart entre l’idéal que l’homme met dans la venue d’un roi et la réalité de la fragilité de l’homme devenu roi. Et le procès de Jésus que la liturgie de la fête du Christ Roi reprend, éclaire sur ce qui peut être attendu d’un roi vrai.

Regardons ce récit. «Tu es le roi des juifs.» demande Pilate à Jésus. Nous pourrions attendre une réponse affirmative ou négative, oui ou non. Une fois de plus, Jésus va chercher à déplacer les choses. Il semble savoir que l’idée que chacun se fait d’un roi est des plus variables. Alors il renvoie Pilate à sa propre expérience : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Or, Jésus ne va pas chercher à dire qu’il n’est pas roi. Mais il va déplacer la notion trop aléatoire de ce que l’on peut espérer d’un roi sur la vérité qui émane d’un roi issu de Dieu. Il répondra à Pilate de cette manière : "Tu le dis : je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » C’est donc sur cette voix que se porte la vraie place du roi. Ce roi est le même que celui de l’Evangile de St Matthieu. "Alors le roi parle, dit le récit : venez car j'avais faim, soif, j'étais étranger, nu, infirme, en prison et vous êtes venus à moi-" (Mt 25, 33) Ce roi est bien le plus petit parmi les hommes et il se reconnaît à la vérité de sa voix la plus proche qui soit de l’amour de Dieu pour l’homme le plus humilié. 

Ainsi tout change. La figure du roi dans nos nations peut bien rassembler tous nos idéaux, mais alors ces idéaux doivent être ceux qui se rapprochent au plus près de l’amour des plus pauvres. Il est le « roi nu » des Perses qui se présentait ainsi une fois l’an à son peuple pour faire tomber tous ses pouvoirs devant ses sujets. Ne serait-ce pas par-là que chacun de nous peut accéder à la royauté ? Ne chantons-nous pas allègrement : « Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée des saints, peuple de Dieu, chante ton seigneur. » ? Mais alors, nous chanterions ainsi notre conversion ? Ce serait trop beau. Nous serons roi, chacun, lorsque nous aurons éliminé nos refus de voir le plus pauvre, de le saluer, de le prendre par la main et de le mettre à la première place du banquet de notre cœur.  

Il reste donc en France bien des nostalgiques de la monarchie. De fait, dans cette année de préparation électorale, un secret espoir ne manquera pas de surgir dans l’esprit de quelques-uns plus idéalistes que d’autres en choisissant tel ou tel candidat plutôt qu’un autre. Et parmi eux figurent des chrétiens. Pourrait-on alors leur souhaiter de vivre en premier cet idéal d’amour qu’ils portent en eux plutôt que de l’attendre d’un autre, fut-il monarque ? Mais nous voyons  que Jésus garde un rapport de bienveillance envers Pilate et ne refuse pas le titre de roi que Pilate lui donne. Il précise seulement la nature de sa royauté. Seule une royauté issue de Dieu peut offrir aux hommes tout ce à quoi ils aspirent en termes de paix, de justice, d’honnêteté, d’amour du plus faible. Et cela se reconnaît à la voix. Comme les brebis du bon berger,  le peuple ne se trompe pas quand il entend de la vérité au fond de l’homme. Or, malgré tout ce que nous entendons ou voyons chaque jour autour de nous et dans les médias, il existe des personnes vraies dans notre monde. Même rares, elles apportent un espoir pour ceux qui les rencontrent et pour les générations qui suivront. Portons-nous plutôt de ce côté de la vie, laissons les boucs entre eux et déplaçons-nous décisivement du côté des brebis. (Cf. Mt 25, 31-46)

 

 

                                                                                   Bertrand Gournay

 

 

                                                                                 

 

 

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article