Apprend-nous à prier : Notre Père...
Dimanche 28 juillet 2007
17ème dimanche
St Luc 11, 1-13
Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, un de ses disciples lui dit : "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples."
[Il leur dit : "Lorsque vous priez, dites : Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous soumets pas à la tentation." Il leur dit encore : "Si l'un de vous, ayant un ami, s'en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu'un de mes amis m'est arrivé de voyage et je n'ai rien à lui servir, et que de l'intérieur l'autre réponde : Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t'en donner ; je vous le dis, même s'il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d'ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin. "Et moi, je vous dis : demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d'entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s'il demande un oeuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient !"
Commentaire :
« Apprends-nous à prier », disent les disciples. Ils voient en effet Jésus en prière. Et l’on peut penser qu’ils ont été touchés par la qualité et la pénétration de la prière de Jésus. Pour nous, parce que nous sommes souvent en demande de compétences dans le domaine religieux, cette demande ne nous surprend pas vraiment. Jean-Baptiste avait des disciples, Jésus a ses disciples. Nous percevons des liens de maîtres à disciples. Il ne semble rien y avoir d’étrange. Et pourtant, cette demande me semble mal posée. Le récit dit que Jésus priait, quelque part. La prière est vue, regardée par les disciples. Ils cherchent à devenir aussi capables de prier que Jésus. Mais Jésus va déplacer une fois encore leur manière de voir. Il ne s’agit pas de vivre la prière comme une compétence intellectuelle ou spirituelle à acquérir. Il s’agit que la prière devienne le moyen d’entrer dans une relation ajustée avec Dieu. De fait, c’est ce que semble deviner les disciples de Jésus car ils ne l’appellent pas « maître », mais Seigneur. C’est dire que les disciples comprennent que la prière permet d’ouvrir sur le lien entre Dieu et chacun de nous. Quel est ce lien ?
Jésus leur dit : « quand vous priez, dites : « Père… » Il indique que pour prier, il faut déjà désirer se positionner comme fils de Dieu. La prière est en premier lieu le moyen de donner une orientation juste à sa vie mais surtout d’en parler avec ce Père à qui l’on s’adresse. Car Jésus commence par : « Quand vous priez, dites…» Il ne faut donc pas se cacher la face quand on s’adresse à Dieu, mais commencer à lui parler en toute simplicité de sa vie de tous les jours. Entre le Père et soi, il s’agit que se transforme quelque peu ou beaucoup notre vie de tous les jours pour que peu à peu nous soyons les vrais fils de ce Père à qui nous nous adressons. C’est le sens que je perçois dans cette toute première phrase de la prière.
Mais en second lieu, Jésus enseigne cette phrase surprenante : Père, que ton Nom soit sanctifié.
Cette phrase est aussi importante. Car, n’est pas saint qui veux. Le mot saint signifie « séparé ». Cela me semble indiquer que le Père de Jésus est en fait complètement séparé. Et la prière des hommes dit au Père qu’il ne disparaisse jamais dans la complexité et l’enchevêtrement de tout ce qui existe dans le monde et dans nos imaginations les plus fertile. Mais aussi, le Seigneur dit : que ton règne vienne. Il nous invite à recevoir la vie comme un don et le monde dans lequel nous vivons comme un héritage.
Ensuite, il s’agit du pain quotidien. Nous entendons le Seigneur nous inviter à dire nous. Nous avons en effet en commun le fait de toujours manquer de ce qui ferait de notre vie, une vie réellement accomplie. Dès que nous avons acquis quelque chose ou un état intérieur de paix, par exemple, nous savons que cette nourriture ou cet objet ou cet état est fragile, éphémère. Il nous faut sans cesse renouveler nos demandes. Et, c’est le fait de tous les hommes réunis en une communauté de destin devant celui qui nous a fait don de la vie.
De même pour nos dettes. Depuis notre naissance, nous subissons un grand nombre d’affronts, d’injures, de reproches injustes jusqu’aux humiliations de toutes sortes. Et, nous avons remis beaucoup plus de dettes à notre entourage proche ou moins immédiat que de signes et de gestes de vengeances. Si nous devions appliquer à la lettre la loi du talion d’un oeil pour œil et dent pour dent, il n’y aurait déjà plus personne sur terre. Mais la proposition de Jésus vient alors nous permettre de reconnaître que si nous savons pardonner, c’est parce que Dieu nous a déjà pardonné nos fautes contre lui. Nous savons que nous ne sommes pas parfaits et le péché serait de croire que nous sommes un fils ou une fille idéale devant Dieu. Alors la demande de Jésus nous aide à garder la place juste de fils faibles et fragiles devant Celui qui nous aime plus que nous savons et pouvons l’aimer. Et les paraboles qui suivent nous aident à comprendre comment rester des fils de Dieu, en demandant l’Esprit Saint. Car le Seigneur est prêt à l’offrir à ceux, non qui le lui demandent directement, mais à ceux qui savent encore faire toute sorte de demandes à Dieu. Il ne nous donne pas ce que nous croyons qu’il nous faut, mais en toute demande, il nous envoie l’Esprit Saint. C’est la meilleure réponse que le Seigneur puisse faire à tout ce qui nous manque pour le rejoindre chaque instant, Lui qui nous aime parce que nous sommes ses fils et ses filles.
p. Bertrand Gournay