Abraham, Isaac et Jacob
Comment Abraham, Isaac et Jacob parlent déjà de Jésus ?
Le Christ vivant dans l’Ancien Testament
1 – Caïn et Abel
2 - La circoncision d’Abraham : Gn 17
3 - L’apparition de Dieu à Abraham : Gn 18
4 - Lot et ses filles : Gn 19
5 - Naissance d’Isaac : Gn 21
6 - Sacrifice d’Abraham : Gn 22 (1ère rencontre)
7 - Les puits d’Isaac : Gn 26
Introduction : Plusieurs siècles ont été nécessaires pour rédiger ce que, comme chrétiens, nous appelons, l’Ancien Testament. Bien d’autres textes ont pu être écrits au cours de la même période mais tous n’ont pas été retenus. Ceux que nous pouvons lire aujourd’hui sont des témoignages. La présence du Christ s’est manifestée dans les écrits des auteurs mais une présence cachée sous les personnages et les événements des récits.
Pendant ces deux journées du jeudi 26 et 27 juillet 2007, nous avons lu une partie des parcours d’Abraham, celui d’Isaac et celui de Jacob. Par ces trois personnages, nous avons découvert avec Origène, l’un des Pères de l’Eglise du 3ème siècle, Celui qui, bien plus tard prendra chair définitivement en Jésus de Nazareth.
1 – Caïn et Abel (Gn 4, 1-16)
Nous commençons par le récit sur Caïn et Abel qui vient nous apporter des éléments très importants pour comprendre ce qui est venu s’écrire tout au long des siècles de l’Ancien Testament. Il ne faut pas lire ce texte comme une «histoire» mais précisément comme un texte construit et porteur d’une signification universelle.
Eve, la « mère des vivants » suivant l’étymologie de ce nom, ne mentionne pas Adam mais elle fait référence à Yahvé dans la naissance de Caïn. Elle dit assez exactement : « J’ai acquis un homme au moyen de Yahvé ». Et plus encore, lors de la seconde naissance, celle d’Abel, le texte (massorétique) elle ajouta pour enfanter, son frère Abel. » Ce qui revient à voir en Abel, celui qui a certes été enfanté, mais pas comme premier d’une série de générations mais comme enfant unique et comme donné ou ajouté à la naissance du premier fils. Abel puis Caïn font une offrande à Dieu. Abel offre des premiers-nés du troupeau. Il n’est pas lui-même premier-né au sens ordinaire du terme, mais il est appelé à représenter, dans l’engendrement de Caïn, cette part qui appartient à Yahvé-Dieu. Plus tard, dans le cheminement des récits bibliques, c’est cette part qui sera réservé pour le sacrifice : « Consacre-moi tout premier-né, tout être qui sort premier du sein parmi les fils d’Israël, homme ou bête : il est à moi. » (Ex 13, 2)
Au verset 8, tandis que l’offrande d’Abel a été acceptée par Yahvé et non pas celle de Caïn, Caïn s’est retourné contre son frère et l’a massacré. Dieu lui parle mais il n’écoute pas Dieu et ne répond pas à ses questions. Il refuse de se laisser interpeller, regarder et aimer. Il préfère s’enfoncer dans ses ténèbres, dans haine (son ego !). Il retourne sa colère contre son frère. Il reste un homme replié sur la part d’imaginaire de sa nature (la bête tapie en lui). La logique des relations basées sur les principes de rivalité (R. Girard) le conduit à tuer son frère. Il est jaloux et en reste là. Il voudrait recevoir les pleins privilèges qu’il perçoit dans les liens entre Yahvé et Abel, Alors que Dieu l’appelait à se réjouir de ce lien car dans ce qu’il voit chez Abel, c’est son devenir qui est en cause. Nous chantons quelquefois : «N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ»… Ce regard que Caïn désirait, mais à sa manière, pour lui, ce regard de Dieu qui n’est pas comme il l’attendait, il le refuse, le fuit. En refusant l’Amour, il refuse de se laisser accomplir dans et l’amour et va tuer son frère.
Pourquoi l’offrande d’Abel est agréée par Dieu ?
Abel n’est que et le frère de son frère. Dans le déroulement du récit, n’étant pas désigné comme descendant d’Adam et d’Eve, seulement de Dieu, il n’a pas de dette envers Dieu. Et pourtant il fait lui aussi une offrande, et importante : la vie (les premiers nés) et son surplus. Dieu peut agréer ce don puisque il est gratuit.
Ainsi qui est Caïn ? « le consistant » (Adam signifiait lui, le « Rouge », couleur de l’argile. Caïn est la figure de l’homme dans sa consistance reçue par la génération des ancêtres et par son environnement contemporain, l’inné et l’acquis de tout homme. Aux côtés de Caïn, Abel : « l’évanescent », est second dans la naissance mais en fait premier car présent en Dieu dès l’Origine de tout, Abel est celui par qui ne cesse d’advenir en l’homme la présence de
A partir de là que nous pouvons lire les récits des parcours des premiers patriarches : Abraham, Isaac, Jacob.
Les Pères de l’Eglise, notamment Origène (4ème siècle), ont proposé à leurs lecteurs et auditeurs une lecture allégorique. Cette recherche met en lumière la présence du Christ lui même à l’intérieur de tout l’ancien testament. C’est ainsi que nous-même, aidés par les écrits de St Paul, nous lirons ces récits de ce Livre de
2-Abraham : Genèse 17 (1-27) : La circoncision d’Abraham
Qui est Abraham ?
Abraham a sans doute existé dans la mémoire collective du peuple hébreu comme nom du patriarches à l’origine de ce peuple dont l’histoire remonte au moins 1800 ans avant Jésus-Christ. Les éléments biographiques des patriarches sont bien sûr rares en-dehors de l’archéologie. Et cependant, le texte biblique conserve quelques traits d’une « histoire » des patriarches. Mais il faudrait plutôt parler de « parcours » de tel ou tel patriarche et notamment celui d’Abraham, le texte biblique ne se présentant pas comme une histoire d’un peuple, mais plutôt le témoignage d’un peuple dans son lien avec le dieu qu’il découvre peu à peu présent et agissant au-delà des dieux de tous les peuples. Au VIII° siècle avant Jésus-Christ, des auteurs écrivent le parcours d’Abraham pour faire mémoire des origines, des découvertes de la promesse alliance avec le Dieu Unique. C’est donc un récit qui nous parle de ce peuple du VIII° siècle (Il y exprime sa théologie et aussi ses espérances et ses peurs) en s’appuyant sur une « vie » d’Abraham à partir d’une transmission orale encore vive à cette époque. Mais, mille ans se sont néanmoins écoulés. A travers ce Père, le peuple hébreu se reconnaît investi d’une mission ou en tout cas d’une élection : différents des autres peuples, ils sont marqués par Dieu :
par la circoncision : ce qui pourrait être un drame, un «retrait» est vécu comme la source d’une vie nouvelle au sein des générations.
par l’ajout d’une lettre au nom d’Abram qui devient Abra(h)am, comme de Saraï à Sarah, inscrivant dans leur chair
Ainsi, l’homme, limité dans son humanité, devient porteur d’une Parole de vie pour tous les hommes.
Abraham reçoit l’alliance sur 2 critères qui sont « le nom » et « la circoncision » : à travers ceux ci, cherchons ce qui est reçu et ce qui est pris… Chacun peut découvrir dans le récit du sens où la vie du Christ est donnée…
Abram reçoit un nom : celui d’Abraham (V5) et Saraï celui de Sara .
Le changement de nom apporte une identité nouvelle et donc un changement fondamental ; En hébreux, la lettre « Hé » H est ajoutée dans le nom d’Abram ; cette lettre fait partie des 4 lettres du nom sacré de Dieu (qui s’épelle yod , hé , vav ,hé ou YHWH), c’est la 5ième lettre de l’alphabet hébraïque évoquant les
Au nom de Saraï est supprimé le yod final évoquant la chair mais est rajouté le même hé. Chaque hé vient habiter les noms respectifs…l’homme entre en résonance avec le NOM saint, devenant âme vivante, comme en genèse 2, 7 : « Yahvé insuffla une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Cette alliance se présente donc comme un don venant de Dieu comme un Père qui donne au fils son identité. Ici, l’homme et la femme dans leur spécificité reçoivent ce don et vont donner du fruit. Abraham, devient Père d’une multitude, et Sara : Princesse (non plus « ma princesse » dit Chouraqui.
Si dans le nom il y a un son, le nom ne se voit pas mais son effet va paraître dans la chair : « Vous serez circoncis dans la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. » (17, 11) Le prépuce est le lieu au lieu où est engagée la transmission de la vie de génération en génération. Nous avions vu comment Abel était donné, adjoint à Caïn, et comment en place d’Abel massacré est redonné comme un souffle, le souffle divin et créateur à la génération d’Adam à travers Seth.
V1 : « Quand Abram atteint 99ans.. . »
La première impression après la lecture du récit est la répétition des mots génération, race. Ce mot laisse percevoir la question de la descendance et celle, jointe, de la filiation. A travers les nouveaux noms, une filiation divine est donnée à Abram et Saraï. Sara est dépossédée dans son nom d’une lettre, le yod, qui est la puissance d’engendrement du père. « Elle n’est plus la princesse de son homme» il y a comme une dépossession de l’humain pour laisser place au dévoilement de la part du divin en elle. Les mères n’engendrent pas uniquement des enfants de chair mais aussi des fils de
Y a t il une alliance divine dans la génération des hommes ?
L’alliance de Dieu va être marquée par un signe dans le corps de l’homme : à travers l’incision du prépuce se verra l’alliance de Dieu et de l’homme. Qu’est ce que cette alliance ? N’est-elle pas le rapport entre Dieu et Abraham ? Ce dialogue qui se vit entre eux, permettra à Abraham de transmettre aux autres cette alliance : « alliance perpétuelle pour être son Dieu et celui de sa race après lui » (v.19) Nous avons l’impression ici que l’histoire se répète avec l’intervention de Dieu dans le malheur des hommes. Le terreux devenant être vivant, la chute, le massacre d’Abel et sa descendance, le déluge, le redémarrage avec Noé…Cette alliance de Dieu avec l’homme est comme celle d’un père qui adopte un enfant dont il n’est pas le père génétique mais qui est réellement père, c’est lui qui le nomme, l’entoure de soins et d’amour. Dieu « accorde » son alliance, il donne sa vie de l’esprit pour toutes les générations, son propre souffle. La création continue elle est encore aujourd’hui pour nous alliance avec Dieu. En donnant une alliance à observer, à travers la circoncision, Dieu fait un homme nouveau, le remodelant jusque dans sa chair, se faisant ainsi partie prenante de la transmission de la vie. Croyons nous aujourd’hui que nous sommes continuellement rejoints et engendrés par le souffle Divin si nous nous ouvrons à cette naissance « d’en haut » ? Tout homme reçoit cette alliance, mais il y a don et réception…sommes nous prêts à nous laisser circoncire ?
Quelle signification donner à ce signe ? C’était un rite déjà existant (initiation, hygiène) ; mais le récit lui donne ici un sens... C’est une sorte de purification à la source. Saint Augustin dira que le «péché originel» se transmet avec l’acte générateur. Quelque chose doit être retranché dans la chair dans l’homme au lieu même de l’engendrement. Caïn doit laisser place à Abel. Circoncision et don du nouveau nom sont associés ; le nom, réalité à venir. L’alliance est dans la circoncision et dans le don du nom. Le peuple juif représente l’homme appelé à avenir fils de Dieu, et non un peuple exceptionnel. L’élection n’en fait pas un peuple parfait.
Revenant au v19 : « j’établirai mon alliance avec ton fils, comme une alliance perpétuelle, pour être son Dieu et celui de sa race après lui . » Nous notons qu’Isaac est l’héritier de l’alliance…
Et Ismaël ? Ismaël représenterait il la filiation humaine, ici hors ritualisation, hors alliance et Isaac, la filiation divine, ici issue d’un couple stérile ? Isaac serait alors une figure d’Abel auprès d’Ismaël, figurant lui Caïn, non pas en fonction du meurtre de Caïn, mais dans sa fonction en lien avec la descendance issue d’Adam.
Le témoignage d’Abraham et Jésus-Christ :
«…en vérité je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave. Or, l’esclave ne demeure pas à jamais dans la maison, le fils y demeure à jamais… Abraham votre père exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie…. En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, je Suis. » St Jean 8, 31-59
L’apôtre Jean a compris comment lire l’Ecriture et en cela, il nous a enseigné comment lire le témoignage d’Abraham. A partir du chapitre 12 du Livre de
Sur la circoncision et… le baptême
Cet acte chirurgical (sur la chair) devient avec le Christ un acte chirurgical spirituel : il faut accepter de perdre quelque chose pour renaître. Jésus dit : «Qui donne sa vie la gagne». Saint Paul dira ensuite «Le vieil homme en nous doit mourir pour revêtir l’homme nouveau» et «Par le baptême, vous avez revêtu le Christ.»
La question de la circoncision a fait problème parmi les premiers chrétiens. Les Actes des Apôtres, comme Saint Paul, nous disent combien il était difficile pour les Juifs de ne pas imposer la circoncision aux nouveaux convertis. Pourtant, la décision fut prise par les Apôtres à Jérusalem de ne pas l’imposer aux non-juifs. Ils reconnaissent que les rites anciens préparaient les rites nouveaux. Il dit aux juifs : » Prenez garde à la mutilation, parlant des juifs qui portent cette mutilation dans la chair, car c’est nous les circoncis qui rendons un culte à Dieu en esprit, et qui nous vantons de Christ Jésus, au lieu de mettre notre confiance dans la chair. (Phil. 3, 2-3)
3 - L’apparition de Dieu à Abraham : Gn 18
V. 1 : «Le Seigneur apparut à Abraham au chêne de Mambré alors qu’il était assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour.»
V.2 : «Il leva les yeux et aperçu trois hommes debout près de lui. A leur vue il courut de l’entrée de la tente à leur rencontre se prosterna à terre.»
La lecture spirituelle qu’Origène fait de ce texte nous conduit à reconnaître dans ces «trois hommes» tantôt nommés au singulier, tantôt au pluriel, une préfiguration de
«…sous le chêne de Mambré.. » : Toujours selon Origène, la scène du jardin d’Eden se renouvelle devant nos yeux : autour de cet arbre se reproduit la première expérience de la rencontre de Dieu et de l’homme. Comme dans le jardin d’Eden, c’est Dieu qui vient à la rencontre de l’homme. Il semble que l’homme (et la femme) manque à Dieu : «Dieu est en souffrance de l’homme». Dans le péché d’Adam, l’homme est isolé, jusqu’à se voir fermé sur lui-même - ce que nous aussi expérimentons chaque jour. (Loin de Dieu, bloqués, limités en nous-même et sans «descendance», sans fruits…).
Et Dieu vient pour ré ouvrir les perspectives, recréer en nous l’humanité telle qu’Il l’a désirée à l’origine. En venant vers Abraham, Il le réintroduit dans le cercle des «trois hommes», dans une relation, dans l’Amour. [Le Père envoie le Fils vers l’homme pour l’engendrer de nouveau comme fils de Dieu. On retrouve ainsi le drame de Caïn et Abel. Les hommes ont «massacré» Abel, ce lien entre Dieu et les hommes, nous le massacrons aussi chaque fois que nous refusons en l’autre ou en nous ce statut de fils de Dieu pour vivre par nous-mêmes, par notre volonté propre et non par l’écoute de
L’hospitalité d’Abraham et la promesse
Rappelons des éléments du parcours d’Abraham. Marié avec Saraï, vieux tous les deux, ils n’avaient pas d’enfant. Or, on sait l’importance de la descendance pour ces nomades. Abraham a donc eu un fils avec la servante de Saraï, Agar. Ce fils s’appelle Ismaël. Or Saraï, grâce à l’intervention de Dieu va devenir Sarah (changement de nom) et devenir mère : elle enfantera un fils dans sa vieillesse : Isaac.
Dans ce texte biblique, les auteurs mettent en relief la double origine de tout être humain :
L’engendrement humain : Ismaël, fruit d’Agar et d’Abraham.
L’engendrement divin : Isaac, fruit de Sarah et Abraham grâce à l’intervention de Dieu.
Tous deux seront circoncis pour signifier que l’action de Dieu n’exclut aucune part de l’homme.
Quand Abraham voit passer près de sa tente, trois étrangers, il se met toute son énergie, lui et sa famille, pour les accueillir. C’est l’hospitalité du nomade qui dans la tradition de ces peuples est sacrée : l’étranger, celui qui passe, c’est Dieu qui s’invite chez nous ; il faut lui faire honneur. Abraham offre de l’ombre («l’arbre») et de la nourriture en abondance. En retour, les «trois hommes», révélant ainsi leur identité divine, offriront la promesse d’un enfant. C’est l’histoire de la promesse de Dieu faite à Abraham au début de son cheminement qui se continue : il aura un fils de la part de Dieu.
Sodome
Les trois hommes ont rencontré Abraham, ils continuent leur chemin. Ils viennent voir ce qui se passe à Gomorrhe dont «le cri est monté jusqu’à lui» (V. 21). Gomorrhe est la figure de cette part de l’homme qui s’est éloignée de Dieu. A cause de son péché, le Seigneur va peut-être détruire Gomorrhe. On se souvient du déluge, envoyé lui aussi par Dieu pour détruire cette part de l’homme enfoncée dans la violence et l’injustice. Mais il y avait un juste Noé, à qui était confié le salut de tous. Ici aussi, il va y avoir Abraham. Dieu se demande s’il va cacher, s’il peut cacher son dessein à ce juste. Alors il décide de partager avec Abraham l’objet de son désir : il fait de lui, Celui qui continuera la création telle qu’Il la désirait. Verset 19 : «car j’ai voulu le connaître afin qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie du Seigneur en pratiquant la justice et le droit : ainsi le Seigneur réalisera pour Abraham ce qu’il a prédit de lui.»
Puis il va plus loin et partage avec Abraham sa souffrance devant le mal, qui va entraîner la destruction de Gomorrhe. Il accepte alors, chose extraordinaire, d’être contesté dans son dessein de détruire Gomorrhe. Abraham dit qu’il y a peut-être là aussi des justes… et qu’il serait injuste de tout détruire… la discussion continue jusqu’à ce que Dieu se soumette au désir d’Abraham. Bien plus tard, Jésus dira aussi qu’il faut laisser l’ivraie et la bonne herbe pousser ensemble – ce n’est pas à nous de juger – le moissonneur viendra et jugera.
On peut dire que ce récit va dans le sens de celui du déluge… Abraham, comme Noé, est chargé de réentendre les effets d’un geste de création et de tenter d’en comprendre la signification. Mais Abraham demande à Dieu de reconnaître que même dans le plus grand mal il reste quelque justice, quelque part de Dieu (quelque chose d’Abel) Origène voit là, dans la présence des trois hommes et l’intervention vers Sodome et Gomorrhe, une descente « pour voir si, selon leur cri qui est venu jusqu’à moi, leurs péchés sont arrivés au comble ; s’il n’en est pas ainsi, pour les connaître. (Hom. In genesim, IV, 5, SC 7bis, p. 155) « Mais il ne s’agit pas d’une descente spatiale, explique plus loin Origène, on dit que Dieu descend, quand il veut bien prendre soin de la faiblesse humaine. Et il faut entendre cela plus spécialement de notre Seigneur et Sauveur, qui n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave. »
Avec la mort de Jésus, c’est aussi de ce Salut pour tous qu’il s’agit : notre culpabilité s’arrête à la croix du Christ : tous les hommes sont sauvés mais au dépens du Christ : nous sommes justifiés… «Quelqu’un est mort pour moi»
A propos de l’homme et de la femme
La femme, Sarah, soumise à l’homme. On retrouvera cela chez Saint Paul. Peut-on lire dans ces textes autre chose sur les rapports homme/femme que la simple destruction d’une réalité sociale de l’époque ? Selon Origène… oui !
La femme représente la chair donc l’engendrement dans la suite des générations.
L’homme représente la raison, apte à recevoir la sagesse divine. (Cf. Origène homélie sur
Ainsi, la chair se doit de suivre la raison, dit Origène lisant que Sarah « écoutait à l’entrée de la tente et elle était derrière lui » ! (18, 10) Le cœur suit la tête et il ne faut pas que notre raison soit soumise à la chair, explique-t-il encore, car « elle serait ballotée au milieu des débauches et des plaisirs. » (Id.) Saint Paul dira : «la femme est soumise à l’homme comme l’Eglise au Christ »
Du point de vue de l’auteur du VIII° siècle avant Jésus-Christ : la femme fait les offrandes à Dieu et Dieu donne l’enfant, mais c’est l’homme qui a dit de préparer le repas… C’est donc son rôle qui est ainsi manifesté.
C’est aussi une manière d’aborder l’incarnation du Verbe. La chair fut nécessaire pour qu’advienne le verbe divin.
La naissance d’Isaac, le renvoi, d’Agar et d’Ismaël : Gn 21
Saint Paul, dans l’épître aux Galates va s’appuyer sur ce chapitre de
Saint Paul commence par les «vilipender» : «Je m’étonne que si vite vous abandonniez l’Evangile». De fait, c’est difficile aujourd’hui comme hier d’être fidèle à l’Evangile. Alors pour leur faire comprendre, Paul va relire avec eux l’Ancien Testament. Il le lit de manière «allégorique», il le dit lui-même. Il veut leur montrer que déjà, au temps d’Abraham, la promesse, l’alliance entre Dieu et les hommes était nécessaire. Avec des images de l’Ancien Testament, Paul dit une vérité vitale pour les nouveaux chrétiens. Si le peuple engendré par Abraham et Sarah est bien le peuple de l’Alliance, il a la responsabilité d’en être le témoin mais il partage avec le peuple issu de Agar, l’amitié de Dieu. La bible dit bien que Dieu «est avec Ismaël» comme Il est avec Isaac. Paul dit «Dieu a annoncé d’avance à Abraham cette Bonne Nouvelle : Toutes les nations sont bénies en toi». Pour être fidèle et témoin de
Si vous appartenez au Christ, c’est donc que vous êtes de la descendance d’Abraham. Selon la promesse, vous êtes héritiers (Ga 3,23-29). Mais lorsque Dieu envoie sa Parole, ce qu’en font les hommes peut devenir impur : ainsi en «interprétant» selon nos intérêts propres,
Dans le chapitre 4 des Galates, Paul insiste : Abraham a eu un fils de la femme esclave «né selon la chair» et un fils de la femme libre «né par l’effet de
5- Le sacrifice d’Abraham
La crainte : Echange sur ce mot et sa signification pour nous. Dans
Dieu arrête le bras d’Abraham, prêt à sacrifier son Fils et dit : «Je sais maintenant que tu crains Dieu». Non seulement Abraham a fait confiance à Dieu mais il n’a pas confondu sa volonté et celle de Dieu. C’est en silence (le texte le dit bien) qu’il obéit à Dieu. Il s’apprête à faire en silence ce qui lui est le plus dur et le plus incompréhensible. Quand Isaac le questionne, il a cette seule réponse : «Dieu y pourvoira ». Tout est dit là de sa confiance absolue ; il ne se met pas à la place de Dieu, il ne veut pas imaginer ou interpréter la volonté de Dieu. Il obéit seulement. Or, en grec, obeo c’est entendre. Entendre vraiment, c’est différent d’écouter, c’est différent de comprendre. C’est justement entendre d’un Autre ce que je ne peux comprendre, c’est faire par pur amour, ce que je ne peux comprendre –entendre dans son cœur sans interpréter ni imaginer, ni imposer mon point de vue.
Et cet amour-là porte des fruits : «Du haut du ciel, Dieu dit à Abraham : je te comblerai de bénédiction je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer».
Saint Paul, toujours aux Galates va énumérer les fruits de l’Esprit : «Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi…». On peut aussi voir que cet accueil de la volonté de Dieu par Abraham, ouvre la porte à la venue du Christ. La bénédiction qu’il reçoit c’est déjà la venue du Christ. En croyant, il ouvre les vannes à l’Amour de Dieu qui se donne à l’humanité. Il sera appelé le «Père des Croyants». Parce que des hommes ont osé faire une telle confiance en Dieu, nous pouvons avec Jésus oser dire «que ton règne vienne, que ta volonté soit faite ». Dans ce que les mystiques ont nommé « nuit de la foi », des croyants et Abraham en est la figure première, ont marché en silence, avec cette certitude de l’Amour de Dieu pour ses créatures. Dieu ne veut pas la mort mais la vie de sa création. Jésus aussi au Mont des Oliviers vivra cette nuit, lui aussi dira : «Ta volonté et non la mienne », et son Père le ressuscite le troisième jour : c’est la vie qu’Il voulait et non la mort (comme pour Abraham). Notre Dieu est le Dieu des vivants.
Quand nous disons «que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », nous croyons en ce Père, en ce monde céleste = de Dieu, règne d’Amour et comme Abraham en silence, sur la terre, nous marchons en essayant d’entendre (= obéir) à cet appel que nous croyons justes, même si nous ne le comprenons pas.
Avec le Christ, c’est l’accomplissement de la marche-passion d’Abraham. Dans l’Ancien Testament, il n’y a pas de mort d’homme –un animal sera sacrifié- Dans la marche-passion de Jésus, il y aura mort réelle mais le troisième jour, Il sera ressuscité. (Cf. Mt 20, 17-19 ; Mc 10, 32-34 ; Lc 18, 31-34) Le matin de Pâques, il n’y a plus de chair, de corps mort, mais seulement des linges dans le tombeau. Jésus est vivant là avec nous parce que le Ciel est ouvert. Le Royaume de Dieu est parmi nous.
6 - Les puits d’Isaac : Gn 26
Nous avons laissé mourir Abraham (Chapitre 25, 7s). Dieu bénit Isaac, Ismaël meurt à son tour. Viennent alors les fils d’Isaac, Esaü et Jacob. Et au cœur des événements liés à la rivalité des deux fils d’Isaac, le récit prend en compte la présence des puits de Guerar. En effet, après la destruction de Sodome, Abraham était parti pour «Guérar» chez le roi Abimélek. Cette fois-ci c’est une famine dans le pays qui pousse Isaac à aller plus loin et Dieu lui dit de ne pas aller en Egypte mais dans ce pays, Guérar, chez le roi Abimélek. On retrouve ici les mêmes paroles de Yahvé adressées jadis à Abraham «Je serai avec toi ». Ainsi il y a toujours des menaces dans l’histoire des hommes (Gomorre du temps d’Abraham la famine pour Isaac) et Dieu est là, rappelant sa présence, réveillant l’Alliance. Il indique un chemin pour vivre les menaces autrement.
Guérar : Ce pays où Abraham d’abord puis Isaac va vivre un temps, est un lieu circonscrit, limité : Guérar veut dire «clôture». Dans la lecture chrétienne que nous faisons à la suite des Pères, Guérar évoque le champ de la vie humaine : de la naissance à la mort. C’est là que «Dieu sera avec lui…» « Avec l’homme ». Le Fils de Dieu vient en Jésus, dans une terre d’Israël qui sera l’espace du temps limité de son incarnation. Il sera, Lui «Dieu avec nous» et il réalisera la promesse de
Face à la famine, il était impossible à Dieu de laisser partir son clan à la recherche d’un lieu plus calme mais rêvé. Isaac comme Jésus plus tard trouve un lieu «clôture», c’est-à-dire bien humain. La richesse d’Isaac dévoile ses bons rapports avec Dieu et provoque la jalousie des autres. Pour Jésus, ce sera la place première, « pierre d’angle qu’ont rejeté les bâtisseurs. » Cette place première de Jésus deviendra insupportable pour les Juifs.
26, 15-25 :
Abraham avait creusé des puits pendant son séjour à Guérar. A son départ les Philistins, habitants du pays les «avaient bouchés et comblés de terre. Premier rappel : Abraham est un nomade ; son passage sur une terre est marqué par des puits, puits «comblés donc rasés à son départ.
Or, lorsque Isaac devenu riche chez le roi Abimélek commence à attirer la jalousie des autres, le roi lui demande de quitter sa terre pour aller à «Guérar», où avaient séjourné son père Abraham. Isaac comme son père est un étranger sur cette terre ; il suit donc les conseils du roi et là, il «trouve» les puits comblés ; il les fait creuser et leur redonne un nom. Il semble donc un peu «installé». Mais Isaac fait creuser de nouveaux puits, plus profonds et «dans la vallée trouve de l’eau vive». Démarre alors un guerre entre les bergers pour les puits nouveaux. Au troisième puits creusé, tout se calme, pas de dispute. Ce fût un signe pour Isaac : il reconnut que Yahvé «lui avait donné le champ libre pour prospérer dans le pays». Alors Dieu renouvelle son alliance et sa promesse «ne crains pas, je suis avec toi, je te bénirai… ».
«L’eau vive» : Cette eau qui est cause de bataille, elle est dite «eau vive». Une eau qu’on ne peut jamais s’approprier, qui coule toujours et se joue de frontière des hommes. Ces puits d’ «eaux vives» sont donc un enjeu extraordinaire : non seulement ils sont vitaux pour l’homme mais ils sont hors de son pouvoir. L’eau vive ne peut être propriété, elle est donnée gratuitement comme nous est donnée
«boucher les puits» : C’est donc fermer la compréhension des Ecritures.
Le puits, c’est l’Ecriture ; l’eau vive, c’est
Origène encore : « C’est là l’œuvre des serviteurs d’Isaac, en toute terre, ils creusent « des puits d’eau vive », c'est-à-dire qu’ils annoncent à toute âme « la parole de Dieu » et ils en recueillent du fruit. » (Id. p.328).
Dans Genèse 26, le récit des puits se termine par une liturgie : puisque Dieu (comme au début) «voit que cela est bon», Isaac dresse un autel pour manifester sa reconnaissance à Yahvé.