Le bon Samaritain

Publié le par gs




Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Il lui dit : "Dans la Loi , qu'y a t il d'écrit ? Comment lis-tu ?"  Celui-ci répondit : "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même" - "Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras." Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort.
Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même."
(Luc 10, 25-37)

Homélie du P.Bertrand Gournay

Dimanche 15 juillet 2007



Comment éviter de vous redire ce que nous avons entendu depuis si longtemps sur la parabole du Bon Samaritain ? Ce récit nous raconte une scène de la vie, à la fois dramatique et pleine de joie. Nous vivons nous-même ou nous avons déjà vécu des situations similaires. Il me semble alors que pour mieux entrer dans ce que Jésus cherche à dire dans cet épisode, qu’il nous faut laisser travailler en nous les expériences de nos vies, même toutes simples. Celles de nos rencontres avec les autres, avec la nature, avec la Vie. En effet, l’homme de loi interroge Jésus sur la Vie Eternelle. Mais il utilise les termes dont il est habitué : «Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ?» Il met Jésus à l’épreuve comme si Jésus était seulement un homme de savoir qui aurait réponse à tout. Mais Jésus a bien entendu la vraie préoccupation de cet homme de loi. Cet homme a sans cesse ses yeux dans les textes. Il voit des phrases et des mots et il est chargé de les faire appliquer par les autres. Jésus perçoit dans la question de cet homme un peu exigeant que lire des textes ne le nourrit pas vraiment et cela ne le rend pas heureux et apaisé. Jésus va lui répondre mais pas de manière théorique. Il sait que cet homme est tout à fait apte à découvrir autre chose de cette vie et de son travail. Dans les textes qu’il lit, il y a quelqu’un qui a parlé. Et dans les mots et le moindre signe de la Torah , la Bible , il la présence de Dieu qui s’adresse à chaque homme, tout à fait personnellement. Aussi au lieu de répondre de manière scientifique ou intellectuelle à la question de cet homme de loi, Jésus va lui proposer de se représenter une expérience humaine très simple et en même temps très profonde. Ainsi il va bien lui parler de vie mais de ce qui est éternel dans la vie. C’est en faisant l’expérience de ce qui est éternel dans nos vies de tous les jours que nous hériterons tout à fait naturellement de la «vie éternelle» dont parle le légiste.

 

Jésus en vient alors à présenter la situation que nous connaissons du bon samaritain. Les différents personnages dont il parle ont un point commun : la rencontre. Soit que la rencontre est évitée sous le prétexte d’une position sociale qui est en fait vide, un gardien du temple ou même un prêtre, soit que la rencontre est considérée par le samaritain ou l’aubergiste. Cela nous rejoint bien sûr, et c’est voulu. Cet homme nu et roué de coups est la manière dont nous voyons ceux que nous ne voulons pas rencontrer. Ils sont à demi-morts dans notre esprit et rappellent trop ce que nous ne voulons pas être. Mais ce n’est pas le cas pour tous. L’étranger s’intéresse à la partie encore vivante de cet homme tombé dans le fossé. Il est intéressé uniquement par ce qu’il y a de commun entre cet homme et lui, un corps qui a souffert et qui souffre encore. Il oublie toutes les idées, toutes les représentations qui le séparent de l’homme. Le samaritain est étranger, l’homme est peut-être juif.

 

Il va mettre cet homme sur sa monture. La monture, dans la Bible , ce n’est pas seulement un cheval ou un âne. C’est ce qui porte l’homme et cela représente l’écriture de la Bible qui porte ce que Dieu dit aux hommes. Cette monture est comme l’ânon qui va porter Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux. Jésus est le salut qui est venu guérir les hommes de toutes les blessures de nos vies. Et la Bible ne cesse pas de parler des blessures de la violence, des vols, des viols, des manigances, des trahisons de toutes sortes qui se perpétuent de générations en générations. Et Dieu tentait de se faire entendre par le peuple à travers les prophètes et leurs témoignages. Encore faut-il savoir lire vraiment le contenu des mots et rencontrer celui qui parle sur les mots et les phrases. Alors, le Bon Samaritain fait ce geste de poser l’homme malade sur sa monture pour lui dire que tout ce qui est écrit dans la Torah , est fait pour lui. Il peut alors le confier à l’aubergiste qui nous représente tous. Nous recevons des premiers apôtres tout ce que Jésus est venu dire aux hommes. Jésus a laissé donné, non seulement de l’huile et du vin à l’homme, mais aussi lui-même pour compléter la partie manquante de sa vie. Et, surtout, les Pères de l’Eglises disent que les deux deniers représentent l’Esprit Saint. En confiant cet homme à l’aubergiste, qui nous représentent, il lui offre un appui solide pour aider aux dépenses et à tout ce qui est coûteux dans la vie dès que nous venons à suivre l’Evangile. Il offre l’Esprit Saint pour que nous sachions bien nous appuyer sur les paroles de la Loi de Moïse et celles des prophètes.

 

Ainsi le légiste va comprendre comment obtenir la vie éternelle. Il s’agit dès aujourd’hui de lire toute l’Ecriture ancienne, tout notre lien avec la foi et les sacrement sous le signe de la vie fraternelle et de la Charité  : « Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même." » Et bien le prochain, ce n’est pas l’autre, celui qui est malade ou abandonné. Le prochain de tous les hommes, quels qu’ils soient, c’est chacun de nous envers les autres. Le prochain, c’est celui qui sait lire le témoignage de Jésus-Christ en se laissant aider par l’appui de l’Esprit Saint pour aimer plus encore et mieux encore qu’avant. Et cela peut donner des choses merveilleuses entre nous.
                                                                       p. Bertrand Gournay

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article