Homélie du P Bertrand Gournay

Publié le par gs

Nous vous proposons de lire l'homélie prononcée par le Père Bertrand Gournay au cours de la messe du dimanche 3 juin :

 Jn 16, 12-15

 J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. Lui me glorifiera, car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera. Tout ce qu'a le Père est à moi. Voilà pourquoi j'ai dit que c'est de mon bien qu'il reçoit et qu'il vous le dévoilera.

 

 

 

 

Nous entendons beaucoup parler des solitudes de l’homme. Depuis toujours les hommes ont cherché la manière de communiquer à d’autres ce qu’ils vivent et notamment ce qu’ils ne peuvent supporter seuls. Les palestiniens ou les soudanais du Darfour et bien d’autres peuples du monde vivent des conditions matérielles proches de l’étouffement. Mais aussi, des jeunes filles importées et soumises à l’esclavage, des femmes battues, des enfants livrés au travail clandestin vivent l’angoisse et si peu de reconnaissance. Très proches de nous, des personnes âgées en institutions subissent aussi une solitude grave qui les humilie et leur fait perdre la capacité de communiquer. La fête de la Trinité me conduit à penser à tous ceux dont je viens de parler. Ils sont des millions à s’interroger pourquoi ils sont sur terre si c’est seulement  pour souffrir. Nous sommes peut-être aussi, l’un ou l’autre de cette assemblée, concerné par cette forme de souffrance qu’est l’enfermement dans la solitude et l’impossibilité de partager. Les disciples semblent avoir vécu ainsi la séparation avec Jésus. En eux, l’absence de Jésus a pu être ressentie d’autant plus fortement que sa présence était d’une grande intensité. Alors ses dernières paroles leur sont peu à peu revenues à l’esprit : « J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière. » Jésus part mais envoie l’esprit de vérité. Or, l’Esprit Saint est un souffle comme le vent. Il est une énergie. Quand le vent souffle nous réalisons que l’air est fait d’une énergie. De même l’Esprit Saint. Il est une énergie qui oriente chacun vers la vérité toute entière.

 

 

Mais en quoi consiste cette vérité. Il ne s’agit sûrement pas de la vérité dans la pensée, une pensée philosophique. Dans ce cas, elle exclurait beaucoup trop de monde, une grande majorité de personnes ne pouvant accéder à sa compréhension. La vérité toute entière ne peut être que la personne même de Dieu. Le souffle de Dieu est cette énergie toute spirituelle qui parle aux hommes pour les réunir avec Dieu. Ce ne sont pas les hommes qui font l’effort d’aller vers Dieu, car Dieu ne s’atteint pas ainsi. Mais le souffle de Dieu vient vers l’homme pour lui communiquer le mystère d’une présence. C’est cela la vérité toute entière. Du vrai, du vrai parfait vient s’introduire dans l’homme pour que chacun devienne Dieu, dit St Augustin. Et ainsi, l’homme est rencontré, alimenté, nourrit jusqu’au fond de lui en tous les instants de sa vie, dans sa pauvreté comme dans sa richesse. Chacun peut alors s’interroger sur ce qui advient de ce souffle au fond de lui. Chacun est invité à rejoindre le corps du Christ, mais que fera-t-il de cette invitation. Les invités au banquet du Royaume, dans l’Evangile, ont refusé d’entendre l’invitation du maître du repas. Et d’autres, pris sur les places et sur les carrefours ont pris la place des fils de Dieu. La fête de la Trinité vient nous rappeler ce mouvement de Dieu vers les hommes. Notre Dieu, celui de Jésus Christ est une unité d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit saint qui forment un espace de vie. Et le désir de chacun des trois personnes de la Trinité est que tous les hommes soient rassemblés et unis entre eux comme le Père, le Fils et l’Esprit sont unis (Jn 17).

Des enfants, des femmes, des anciens ressentent pour les causes les plus diverses, une immense solitude dans leur pauvreté matérielle ou spirituelle, alors que tous reçoivent le don de l’Esprit. Mais un fait surprenant vient éclairer cette fête de la Trinité. Ce ne sont pas les plus pauvres qui ressentent le plus l’abandon de Dieu, Benoîte Rencurel en est un témoin. Chez beaucoup, leur manque de tout semble les ouvrir à la dimension de Dieu. Car, le souffle du Père vient s’installer là où la place est laissée vide. Le père Henri Bissonnier, l’un des fondateurs de l’Association Foi et Lumière, destinée à accompagner les personnes « différentes, telles qu’il les appelait, retrouvait l’affirmation du philosophe Pascal : « Tout homme est capable de Dieu. » Il était convaincu que les enfants handicapés étaient plus que d’autres encore « capables » de faire la découverte du divin, car Dieu se dévoile à l’homme avant que l’homme prenne les moyens de le trouver. Le souffle du Père leur parle du témoignage de paix et de confiance de Jésus-Christ. Beaucoup de plus pauvres sont ainsi des croyants, parce que totalement confiants, en dehors même des capacités intellectuelles, dans la tendresse de Dieu. Sans vouloir percer le mystère de la vie de Dieu, ils se laissent emporter par sa seule présence et la présence d’un Dieu qui n’est qu’amour les fait naître hors des champs de l’humanité, hors de la puissance de ce monde-ci, dans l’espace de l’amour éternel : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux… » (Mt 5). Loué soit Dieu ! 
                                                                                                                 

                   Bertrand Gournay

 

 

 

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