Dimanche 11 mai 2008
Notre Dame du Laus
Jean : 20, 19-23
Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au
milieu et il leur dit :
"Paix à vous !"Ayant dit
cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : "Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie." Ayant
dit cela, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint.
Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus."
Nous fêtons la présence de l'Esprit Saint. Elle est l'une des trois personnes de la Trinité. Mais les chrétiens eux-mêmes ont plutôt
des difficultés à lui reconnaître un rôle. Pourtant, si l'Esprit saint ne se manifestait pas autour de nous, les hommes ne seraient probablement plus sur terre. Le monde même, existerait-il ? En
effet, dès le Livre de la genèse, il est dit, vous vous en souvenez : " Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient les abîmes, un vent
de Dieu tournoyait sur les eaux." L'une des personnes de la Trinité, une dimension divine, veille sur le monde et sur les homes. C'est pourquoi, celui qui sait cela, qui croit en cela, ne peut pas
définitivement désespérer de l'avenir, malgré ce qu'il connaît du passé de l'humanité, ce qu'il voit et entend autour de lui.
Les disciples ont peur.
Les disciples de Jésus vont vivre cette expérience de confiance. Alors qu'ils se cachent dans une salle à l'abri de leurs
ennemis et apeurés par ce qu'ils viennent de vivre en assistant de loin ou de près à la crucifixion de Jésus, quelque chose vient les remuer de l'intérieur. Jésus l'annonce ainsi :"Paix à vous."
Dans ces pires instants de leur existence, ils entendent cette voix familière leur rappeler ce qu'ils n'ont pas cessé d'entendre pendant les trois années de leur marche autour de Jésus :" La paix
soit avec vous." Et pour maintenir en eux cette paix, comme pour la fixer définitivement, il leur souffle un vent d'Esprit Saint. Ces hommes qui ont perdu toute énergie, toute confiance en eux
devant la violence de leurs contemporains, vont se trouver relancés dans une mission des plus hautes: " Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les
retiendrez, ils leur seront retenus." Ils ne sont plus contraints de parler le langage du monde, mais ils peuvent faire appel à une toute autre parole intérieure pour libérer leurs frères du mal et
du péché ou les maintenir selon les refus de ceux auxquels ils s'adressent.
Un langage divin.
Cette parole intérieure leur vient spontanément. Elle est celle de leur langue maternelle. Une langue maternelle est la langue dans
laquelle nous sommes nés chacun. Elle existait avant notre naissance et c'est elle qui nous accueille dans la vie. Dans le Livre des Actes des apôtres dont nous venons d'entendre un court extrait,
il est bien dit que chacun entend l'autre dans sa langue maternelle. Ce langage est différent du langage convenu du monde, des stéréotypes du commerce ou des séductions pour se faire bien voir des
autres, celui des jugements définitifs, des sectarismes, des jalousies ou de toutes les formes de rivalités que nous connaissons. L'Esprit Saint nous conduit à redevenir nous-mêmes,
libérés d'un langage conventionné et totalement indépendants dans nos jugements et nos décisions. Les
disciples vont entendre cette force en eux. Ils vont la percevoir sous la forme d'une colombe, indiquant par là, combien la foi fait advenir en soi la paix.
Un défenseur.
L'Esprit Saint est pour tout cela notre défenseur devant notre fragilité à nous laisser conduire par le langage du monde. Jésus l'a
annoncé ainsi : " Je pars vers mon Père et votre Père, mais je ne vous laisse pas seul. Je vous envoie un défenseur, l'Esprit Saint. " Jésus le compare à un avocat auquel nous pouvons faire appel
pour l'avoir à nos côtés et prendre notre défense quand les événements nous font ressentir ce monde trop compliqué pour nous, quand les idéologies semblent atteindre et nuire à notre liberté
intérieure. Et ce défenseur est le principe de vie qui maintient la création en lui apportant l'harmonie de beauté et de musique indispensable à sa cohésion. Je dirai que l'Esprit saint est au
principe de l'art et l'art est le vecteur, le porteur de paix. Nous avons besoin de l'Esprit Saint, nous avons besoin de son œuvre créatrice de beauté en nous.
Ne quittons pas cette Espérance. Nous témoignerons de notre foi en Christ que si nous savons reconnaître le don de l'Esprit Saint en nous et en tout homme. Quelqu'un veille malgré la violence du
monde. L'Esprit veille pour que les hommes retrouvent sans cesse le chemin du Père, le chemin de son éternité et de la pleine beauté.
P. Bertrand Gournay