Dimanche 5 octobre
Ecoutez une autre parabole. Un homme était propriétaire, et il planta une vigne ; il l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une
tour ; puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. Quand approcha le moment des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour en recevoir les fruits. Mais les vignerons se
saisirent de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, en lapidèrent un troisième. De nouveau il envoya d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers, et ils les traitèrent de même.
Finalement il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils. Mais les vignerons, en voyant le fils, se dirent par-devers eux : Celui-ci est l'héritier : venez ! tuons-le, que
nous ayons son héritage. Et, le saisissant, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ?" Ils lui disent : "Il
fera misérablement périr ces misérables, et il louera la vigne à d'autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps." Jésus leur dit : "N'avez-vous jamais lu dans les Ecritures :
La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs c'est elle qui est devenue pierre de faîte ; c'est là l'œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux ? Aussi, je vous le dis : le Royaume de Dieu
vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits." (Mt 21, 33-43)
Cette parabole suit celle que la liturgie nous a transmise dimanche dernier. Il s’agissait de la parabole des deux fils. Un homme
ayant deux enfants demande à chacun d’aller travailler à sa vigne. L’un refuse puis il s’y rend, l’autre accepte mais il ne s’y rend pas. Nous comprenons par-là que Jésus admet la difficulté que
l’un ou l’autre d’entre nous peut éprouver de vouloir donner toute sa confiance au Père des cieux et à faire sa volonté. Mais quand le croyant se remet totalement à Dieu, il en reçoit la plus
grande joie. Quelques grands pécheurs, comme Fesch, ce prisonnier condamné à mort et qui, converti, manifesta en prison une réelle sainteté, peuvent ainsi arriver au Royaume de Dieu bien avant
d'autres, peut-être nous-mêmes.
Aujourd'hui, la parabole utilisée par Jésus pour nous parler de "l'œuvre du Seigneur" se déroule à nouveau autour d’une vigne. Après avoir parlé du travailleur de la dernière heure, des deux
fils, il s'agit maintenant de vignerons homicides. La vigne, rappelons-nous, produit le vin que Jésus offrira en disant qu’il est « le vin du Royaume, fruit de la vigne et du travail des
hommes, faites ceci en mémoire de moi. » Dans les Evangiles, cette comparaison de la vie du Royaume avec le vin veut exprimer que le travail des hommes aussi pénible et routinier que le
renouvellement de la taille de la vigne et de la récolte du raisin est transformé par la présence vivante du Christ ressuscité en chacun des travailleurs. Pas le moindre geste de souffrance n'est
oublié, absent de la résurrection.
C'est précisément ce que Jésus cherche à faire entendre aux prêtres et aux pharisiens de son temps. Il ne faut pasoublier que les
équivalents actuels de ces chefs et ces pharisiens sont peut-être nos évêques, mais ils sont aussi nous qui avons des responsabilités d'annoncer la foi autour de nous de quelque manière que ce
soit. Il nous faut toujours entendre quelque chose de nouveau de l'évangile. Dans cet exemple utilisé par Jésus, il décrit comment les hommes de tous les temps recommencent sans esse les mêmes
erreurs envers les autres et envers le don du ciel. Les prophètes ont subi des violences et certains ont été tués chaque fois qu'ils remettaient en questions les habitudes dangereuses et toutes
les formes d'égoïsme du peuple et des responsables de ce peuple de Dieu. Devant Jésus, ses contemporains, notamment les responsables de la foi d'Israël veulent le tuer. Il est le fils de Dieu et
les signes des guérisons, les paroles même qu'il prononce, ne suffisent pas à les convaincre de la vérité qu'il porte en lui. Ou bien, cette vérité les rejoint tellement au plus profond
d'eux-mêmes qu'ils préfèrent la supprimer devant leurs yeux et leur conscience. Vont-ils alors reproduire ce qui s'est sans cesse produit face à la vérité issue de Dieu ? "Oui", révèle Jésus.
Plus haut, il le leur dit sans hésitation :
"Devant monter à Jérusalem, Jésus prit avec lui les Douze en particulier et leur dit pendant la route : "Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux
grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix ; et le troisième jour, il ressuscitera."
(Mt 20, 17-19)
Aussi, Jésus dit à tous jusqu'à nous aujourd'hui qu'il s'agit que cesse la répétition de la violence, des vengeances et des refus d'entendre la vérité qui est offerte au fond de chacun. Un ordre
nouveau est engagé par le Seigneur lui-même. La résurrection est d'abord une affirmation. Dieu est plus puissant que la mort et que toute force qui conduit l'homme au désespoir. Chacun ressent
des blessures, une injustice, une incompréhension venant des autres. Mais il s'agit d'abord de compter sur l'amour qui nous vient du Père. Cet amour est premier, au-dessus de la violence des
hommes. C'est lui qui nous assure de la primauté de notre vie sur celle de notre mort. Jésus dit à tous les hommes et plus seulement à son peuple, que nous avons les moyens d'être en paix
intérieurement même si nous recevons les persécutions à l'extérieur. Car Dieu est avec nous. Il est l'Emmanuel, Dieu avec nous, affirme l'ange Gabriel à la vierge Marie. C'est cet effet de sa
présence en nous que chacun doit tenter de trouver ou de retrouver s'il a perdu cette paix intérieure. Le Cosmos entier est empli de cet amour, l'homme peut s'en nourrir mais il maintient trop
souvent son intérêt et ses peurs personnelles plutôt que de se laisser aller à l'accueil du tout amour.
Jean-Marie Pelt, ce botaniste et écologistes fameux est d'abord un scientifique. Il écrit ceci : "Dans la mesure où l'homme est fini, il ne peut pas atteindre l'infini. C'est impossible.
Jeune, je pensais que même Dieu, un jour, serait démontré par la science ! Qu'il arriverait un jour où, je ne sais trop comment, on arriverait à tomber dessus ! sous le microscope ! Je ne dis
plus aujourd'hui. J'ai évolué. Le divin, l'infini, si l'on est croyant, s'atteint mieux par la mystique que par la science. La mystique, c'est l'union à Dieu. Par la démarche mystique, on peut
avoir des intuitions très fortes." (In "Le monde s'est-il créé tout seul", Entretiens avec P. Van Eersel, Coll. Entretiens / Clés, Albin Michel, p. 164)
Il est grand
temps de changer notre lien avec les autres et avec la vie. Nous ne pouvons pas faire autrement que de subir ce qui nous arrive : les maladies, les décès, les humiliations ou les agressivités des
proches, les difficultés d'argent, etc. Il y a tant de choses qui surviennent chaque jour ou brutalement que nous ne savons pas comment échapper à tout cela. Mais Jésus veut nous rappeler qu'il
nous faut mettre en premier, au-devant de nos regards sur le monde et notre environnement, l'œuvre d'amour de Dieu en chacun des hommes et donc en nous. C'est cela la "pierre de faîte, admirable
à nos yeux", dont parle Jésus. C'est pourquoi, il nous invite à garder les yeux et les oreilles ouverts sur les autres, sur les plus pauvres, ceux
qui sont différents notamment pour entendre et voir ce que l'Esprit Saint vient nous dire chaque jour, chaque instant. Notre vie de ressuscité s'exprime par notre ouverture aux autres et notre
charité envers eux. Et combien nous avons du mal à placer notre vie de ressuscité devant notre vie de mortel. Aussi, laissons-nous inspirer par l'Esprit de Dieu, Esprit d'amour et de
paix.
Le Laus,
Bertrand Gournay
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