En pèlerinage à Notre Dame du Laus au mois de juillet dernier, l’archevêque de Québec et Primat du Canada, le Cardinal Marc Ouellet a bien voulu répondre à nos questions. Touché par la
grâce du Laus, il nous a fait quelques confidences. Entretien.
Notre-Dame du Laus : De Québec au Laus quel voyage ! Monseigneur, qu’est ce qui vous a motivé pour venir dans les Hautes-Alpes ?
Monsieur le Cardinal Marc Ouellet : Je suis venu remercier la Vierge Marie pour le 49e Congrès eucharistique international de Québec que je viens de vivre en compagnie de douze mille délégués. La célébration des sacrements, les catéchèses et la prière silencieuse ont permis à tous de s’ouvrir à une expérience extraordinaire au cœur de laquelle se trouve le lien entre l’Eucharistie et la Charité. Nous chrétiens, n’apprécions pas suffisamment le don qui nous est fait dans ce sacrement. La grâce du sanctuaire de Notre-Dame du Laus est justement de faire entrer les fidèles dans ce chemin d’intimité avec le Seigneur. Au pied de l’autel, nous prenons conscience que nous sommes appelés à rencontrer le Christ qui nous réconcilie avec Dieu à travers son amour souffrant. Nous ne devons pas être des récepteurs seulement mais des porteurs actifs de cet amour.
N-D du L : Y a-t-il un lien entre amour et souffrance ?
Cardinal Ouellet : La honte que nous éprouvons lors de l’aveu de nos péchés, dans la confession, est salvatrice et nous libère. Voyez-vous, la logique de l’alliance, de la communion avec Dieu, implique que l’être humain réponde à l’amour. Le retournement de nos « non » à Dieu en un « oui » ne se fait pas sans effusion de sang. Il nous est demandé de croire en ce précieux sang qui nous sauve. Cela nous demande de souffrir, de verser notre sang d’une certaine manière. Par sa Résurrection, le Christ réalise l’absolution pour l’humanité tout entière. Quand nous allons nous confesser, nous en faisons l’expérience, nous entrons dans son dessein de salut. C’est pourquoi nous avons besoin de nous nourrir de la Parole de Dieu et des sacrements. Il faut que nos vies soient plongées dans l’Amour Trinitaire et annoncent au monde qu’il y a une rémission des péchés.
N-D du L : Certes l’Eucharistie agit comme un ferment dans nos vies, mais jusqu’où ?
Cardinal Ouellet : Il nous manque le sens eschatologique de l’Eucharistie. Le monde arrive à son terme dans le mystère pascal du Christ. Le Ressuscité est le Seigneur du temps et de l’espace ; il a remporté la victoire de l’amour. Il est tellement libre par rapport au temps et à l’espace qu’il nous invite à percevoir qu’avec lui tout est toujours en acte et au présent. Certaines âmes en font une expérience singulière, comme Benoîte Rencurel, pour réveiller dans l’Eglise la conscience de la grandeur de l’Eucharistie. En méditant sur cet immense mystère, je suis émerveillé par ceci : Dieu qui se donne lui-même et nous engage dans son don.
N-D du L : L’homme est donc appelé à vivre des noces avec Dieu ?
Cardinal Ouellet : Oui, et ce mystère de l’Alliance est très éclairant. Par le don de son corps, le Christ donne à l’Église son identité d’épouse. A chaque messe le Christ refonde l’Eglise. Il porte sa passion vivante et glorifiée, nous rendant ainsi capable d’aimer de son propre amour. C’est pourquoi nous devons refonder le dimanche. Quand le peuple de Dieu est rassemblé le dimanche c’est pour célébrer la Résurrection afin de témoigner que l’Eglise naît du sacrifice du Christ. Les sacrements découlent de ce mystère. Le mariage est une traduction de l’Eucharistie dans le monde. Le couple reçoit un charisme spécial pour cela. Le lien conjugal, indissoluble, est un don du Saint-Esprit. Les époux s’appartiennent l’un à l’autre et se donnent entièrement au Christ et à l’Eglise. Le lien humain trouve sa plénitude dans le lien au Christ et à l’Eglise. La grâce sanctifiante en découle et repose dans les cœurs des époux. Vous savez, les dons de Dieu sont sans repentance. Le Seigneur Jésus a inséré le mariage dans les institutions du Royaume et le charisme matrimonial constitue le couple comme église. En effet, Dieu est le premier à s’engager dans le couple. Toute fidélité vient de Lui. Le mariage sacramentel signifie que les époux appartiennent à Dieu, et c’est pourquoi l’Eglise est sévère à l’égard des concubins parce que ceux-ci, bien inconsciemment sans doute, ne reconnaissent pas le Seigneur de leur amour.
N-D du L : Les sacrements sont donc des moyens de sanctification…
Cardinal Ouellet : Oui, mais pas seulement ! Ce sont des témoignages de notre appartenance au Christ. Le baptême, offrant la grâce de la filiation divine, est complété par la confirmation qui vient apporter le don du Saint-Esprit et nous permet alors de témoigner. Cette filiation et cette mission ancrent notre identité trinitaire. Je souhaiterais toutefois revenir sur l’Eucharistie car à mon sens, dans ce mystère, nous rejoignons l’offrande que Jésus fait à son Père. La célébration Eucharistique est le sommet de notre participation à la Nature Divine, c’est-à-dire à l’échange d’Amour entre les personnes divines.
N-D du L : La croix est-elle donc intimement liée à la gloire ?
Cardinal Ouellet : Le mystère pascal du Christ est absolument trinitaire. Le Christ va vers le Père en nous emportant dans son élan. Au terme du don qu’il fait de lui-même, l’Esprit-Saint est répandu sur le monde. L’effet premier de la Résurrection c’est la rémission des péchés ; c’est pourquoi le Seigneur apparaît en premier à Marie-Madeleine. L’effet second, c’est notre divinisation par la réception de l’héritage même du Fils unique. La Résurrection confirme aussi que Dieu est communion Trinitaire et qu’il nous partage Sa Vie par l’effusion de Son Esprit dans nos cœurs. La Sainte Eucharistie est le lieu par excellence de cette effusion, grâce à l’épiclèse sur les oblats et sur l’assemblée qui prolonge en nous le mystère de l’Incarnation. Le sommet de l’Incarnation, c’est l’Eucharistie. L’Eucharistie c’est la version pneumatologique de l’Incarnation, c’est le triomphe de l’Esprit-Saint. Ce mystère est immense et, en reprenant les paroles du Saint Curé d’Ars, nous pouvons dire « si nous savions ce qu’est la messe, nous mourrions. »
N-D du L : Encore un mot Monseigneur ?
Cardinal Ouellet : Un lieu comme le sanctuaire de Notre-Dame du Laus est tellement précieux que j’invite les chrétiens et toute personne en recherche spirituelle à venir y goûter le silence et la contemplation de la Parole de Dieu en compagnie de Marie.
Propos recueillis par G.d'.A.
(Annales ND du Laus, N° 350, La vie sacramentelle : tout pour l’Amour)

